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« Une fois qu’une vidéo est sur la toile, on n’a plus aucune emprise sur elle »

Pour une petite télévision locale, il n’est pas toujours simple de suivre le rythme de l’évolution technologique et, notamment, de se développer sur le web aussi rapidement que les grandes chaînes généralistes. Aniko Ozorai est journaliste et présentatrice, depuis plus de 20 ans, à NoTélé, la chaîne régionale de Wallonie Picarde, en Belgique. Pour Horizons Médiatiques, elle revient sur les évolutions technologiques de la chaîne, ses projets d’avenir en matière de nouvelles pratiques journalistiques et ses couacs rencontrés suite à une perte de contrôle de l’information.

Aniko Ozorai et son équipe NoTélé se sont rendus au Bénin, pour le tournage du reportage « Leçon de vie » consacré à l’école mixte pour sourds et entendants à Louho. (D.R.)

C.H. : Aniko, combien êtes-vous dans la rédacion de NoTélé ?

A.O. : On est un groupe de treize journalistes pour « l’info » pure, quatre journalistes culturels et deux journalistes pour le sport. Il y a aussi une série d’indépendants notamment pour le week-end et le sport.

C.H. : Comment une rédaction de télévision locale appréhende ces nouvelles pratiques journalistiques ?

A.O. : Tous les journalistes de NoTélé ont été équipés d’un iPhone pour pouvoir envoyer les reportages à la rédaction tout en étant encore sur les lieux du reportage. Via cet outil, on peut envoyer des informations écrites ou du reportage vidéo pour alimenter le fil d’informations créé sur notre site internet, il y a peu. On a une trace de l’évènement comme cela.  Et puis, par exemple, si on est en déplacement et qu’on a une heure de trajet pour revenir, on peut l’envoyer directement, on fait face à l’urgence.

Une application Iphone a aussi été créée pour que chacun puisse accéder au fil infos via son téléphone, quand il le souhaite et partout dans le monde. On a reçu des mails de personnes qui regardaient ou lisaient nos informations, de l’étranger (des expatriés ou des personnes qui sont intéressées par la région). Grâce à l’application, c’est plus facile pour eux de suivre nos actualités. Avant, pour qu’ils aient accès à nos reportages, on devait leur envoyer des DVDs ; maintenant, il suffit d’un clic !

En ce qui concerne le site Internet, on se cherche encore, on tâtonne un peu. Il arrive parfois qu’il y ait une interruption dans la mise en ligne des informations car nous n’avons pas de personne entièrement dévouée au site. On le gère tous un peu: on ne peut pas dire à un journaliste de rester toute la journée sur le site à attendre que les infos arrivent. On part tous en reportage donc il n’y a parfois plus personne à la rédaction.

Nous avons aussi une page Facebook mais elle n’est pas entretenue assez régulièrement. Ce qu’on souhaiterait faire à l’avenir, c’est faire plusieurs pages Facebook thématiques, par exemple une plus axée sur l’info sportive, une sur l’info brute…

C.H. : Mettez-vous les différents reportages en ligne ? Y’a-t-il un système de télévision en direct ?

A.O. : Effectivement, on peut, via le site, regarder la télévision en direct, grâce à « notélélive ». Sinon, pour ce qui est de la diffusion des vidéos sur Internet, dans le fil infos, on mets des extraits de sujets et un renvoi vers le JT du jour, on ne le met pas en ligne directement.

Par contre, les journaux télévisés du jour sont disponibles sur le site le lendemain, pour être revus. Après, ils restent sur la toile et chacun peut les revoir quand il le souhaite. C’est un peu un système d’archives. Aujourd’hui, on se pose la question de savoir, si oui ou non, on met les reportages en ligne. On a des réunions de travail en cours et ce sont des questions que l’on se pose…

C.H. : Avez-vous déjà eu des cas de « vol de vidéos » suite à la diffusion de l’un de vos reportages ?

A.O. : Oui, ça nous est arrivé une fois ! C’était à l’occasion d’un match de foot de l’équipe de Templeuve, que l’on avait couvert. A un moment donné, l’arbitre donne un carton jaune a un joueur blessé, sur une civière, puis un carton rouge, croyant que celui-ci simulait la douleur… Ca a fait le buzz ! La vidéo a été reprise sur d’autres sites et s’est finalement retrouvée sur Youtube, sans aucune référence à NoTélé. Elle a été vue plus d’un million de fois ! La vidéo a fait le tour du monde. La preuve ? Une télévision norvégienne qui nous a appelé pour savoir si elle avait le droit de diffuser la vidéo. Ce sont les seuls qui nous ont demandé l’autorisation… On est passé à côté du buzz, on s’est fait avoir, ça ne nous a rien apporté. Une fois que c’est sur la toile, il n’y a plus d’emprise… Le truc nous a échappé !

L’autre problème aussi c’est que Notélé ne peut bien sûr pas vraiment prouver qu’elle est l’auteur de la vidéo-buzz excepté par le fait qu’elle était le seul média audio-visuel présent à ce match… Mais on a quand même réussi à faire enlever la vidéo de Youtube.

Plus d’explications ici avec ces images qui ont tant fait le buzz; et en bonus, Aniko Ozorai dans son rôle de présentatrice télé.

C.H. :  Est-ce-que l’avancé des nouvelles pratiques, notamment journalistiques, augmente la concurrence ?

A.O. : Ce que l’on a constaté, c’est que la presse écrite se met à la vidéo. Elle filme et propose ses propres vidéos sur les différents sites de ses journaux. Par conséquent, on doit proposer plus d’images. On essaie de donner aux spectateurs la plus grosse offre possible en matière d’information. Par exemple, pour les élections communales, on a prévu de faire  un espèce de journal de campagne. On est complémentaire avec les titres de presse écrite mais je ne veux pas qu’on devienne des concurrents…

Au niveau de la correspondance avec les téléspectateurs, les gens envoient des mails pour remercier des sujets que l’on fait mais c’est tout. Ils n’ont pas encore le réflexe Internet, ils ne nous font pas de critiques. Mais ils peuvent aussi devenir une sorte de concurrents… car ils ont eux aussi accès aux Iphones et peuvent se mettre à faire des vidéos. Et les caméras sont de plus en plus petites et légères. Ça devient à la portée de tout le monde.

C.H. : Est-ce que ces nouvelles pratiques changent le statut du journaliste ? 

A.O. : Normalement, on travaille en binôme pour réaliser un reportage : le journaliste et le cameraman-monteur. Aujourd’hui, nous, journalistes, sommes obligés d’apprendre à cadrer ou à connaître la théorie de la prise de vue car on peut tous être amenés à filmer, notamment avec l’Iphone. Par exemple, en plus d’être journaliste et présentatrice, il m’arrive parfois de m’occuper de la partie montage. Il faut donc avoir aussi des notions dans ce domaine.

De plus, maintenant que nous devons chacun alimenter le site Internet, notre façon d’écrire doit changer. L’écriture télévisée est plus orale, ce n’est pas la même que l’écriture web qui se rapproche peut-être des techniques de rédaction de la presse écrite… On est d’ailleurs en demande de formation à ce niveau là… Le journaliste doit être polyvalent à l’heure actuelle.

Merci à Aniko Ozorai pour avoir répondu à nos questions.

Quand le lecteur devient acteur ou l’importance du commentaire en ligne

Avec le développement du web 2.0., la place du lecteur ne cesse d’évoluer. Grâce aux réseaux sociaux et aux blogs, il prend désormais part à l’information en la commentant en direct. The Guardian a lancé en 2006 « Comment is free », un blog qui accueille les commentaires de plus de 400 internautes, chaque mois; des internautes qui ne font pas partie de l’équipe du Guardian.

Le web rapproche les gens, à ce qu’on dit. Si ce n’est pas les gens, il rapproche néanmoins internautes et journalistes. « Comment is free », plate-forme web du Guardian, sélectionne les commentaires les plus pertinents de ses internautes et les met en avant.« Sur « Comment is free », nous hébergeons des centaines de discussions chaque semaine sur une vaste gamme de sujets, venant d’à travers le monde. Nous publions des pluralités de voix, mais notre centre de gravité (…) est clair », peut-on lire dans la section « About Us ».

"Comment is free" permet à tous de s'exprimer.

Réactions suite à un article de George Monbiot, "Deny the British empire's crimes? No, we ignore them".

Sur « Comment is free », chacun est libre de commenter les articles disponibles en ligne et d’y apporter des compléments d’informations. Une fois publiés, les commentaires peuvent être « recommandés » (recommend) afin d’insister sur leur pertinence ou la popularité dont ils sont l’objet. Autre possibilité, les « responses » qui permettent à l’internaute de répondre au commentaire souhaité, pour lancer le débat. Le but de « Comment is free » étant d’être un « endroit, sur internet, où l’on pourra toujours trouver des conversations vives, amusantes mais, surtout, intelligentes ».

Cependant, comme dans tout lieu d’expression, « Comment is free » a un réglement que chacun doit appliquer, car la modération y est fort présente. « Il y a 10 directives simples auxquelles nous attendons que tous les participants du « domaine communautaire » du site web du Guardian se soumettent; toutes informent directement sur notre approche de la modération communautaire. » Des directives qui, en résumé, demandent à l’internaute d’être « mature et d’agir avec considération, de ne pas être désagréable et d’être responsable de la qualité de ses propos ». « Nous supprimerons, si nécessaire, les publications et commentaires de nos articles et des publications de nos blogs », peut-on lire dans les FAQS de « Comment is free ». Les journalistes et community managers du Guardian prennent également un statut de modérateurs en contrôlant et en guidant le débat.

La page d'accueil de CiF met fréquemment à l'honneur les commentaires et informations donnés par les lecteurs.

Des commentaires à valeur de témoignage

Au delà de la simple réaction du lecteur, le développement du journal sur le web assure une réponse rapide et directe des internautes. Une fois l’article mis en ligne, les réactions des lecteurs ne se font pas attendre. Certains journaux en ont fait une force, comme le quotidien régional Nord Eclair. En effet, au Nord Eclair, à Tournai et Mouscron, en Belgique, les journalistes n’hésitent pas à utiliser Facebook pour lancer des appels à témoins ou poser des questions directes:

Le lecteur est régulièrement sollicité.

Pour Ceridwen Roche, journaliste indépendante à Tournai, « lancer un appel sur Facebook se prête bien à certains sujets ». « On peut solliciter l’expérience des gens », explique, à Horizons Médiatiques, la journaliste. « Je dirais qu’il y a deux avantages à cette manière de solliciter le lecteur. D’un, tout le monde peut répondre à nos appels de n’importe quel endroit de la région. De deux, on peut, si le témoignage d’une personne nous intéresse, la recontacter sans problèmes en lui envoyant un message privé sur son compte Facebook. La question typique, c’est: « Comment trouvez-vous la qualité de l’eau du robinet chez vous ? » Par cette question, on pourra savoir quels sont les lieux dans la région où l’eau est de moins bonne qualité… Et, bien entendu, par ce moyen, c’est plus facile de trouver des témoignages. Mais les questions doivent être simples et communes; car, si c’est plus compliqué, comme par exemple les femmes qui font des fausses couches, les gens n’oseront pas répondre ».

Source: Journalismes.info

7sur7: Un unique pure-player francophone pour toute la Belgique

7sur7 est ce qu’on peut appeler un pure-player, soit une entreprise (dans notre cas: de presse) uniquement présente sur la toile. La particularité de 7sur7, c’est d’être l’unique pure-player francophone de Belgique. En plus de cette unicité, son atout est d’offrir au lecteur des informations du monde entier, en continue, 24h/24 et sept jours sur sept.

Comparée à la France où une multitude de pure-players naissent depuis les années 2000, la Belgique semble encore réfractaire à ce mode d’information en ligne. En effet, seuls 7sur7 et DeWereldMorgen correspondent à la définition de pure-player. Malgré ce rejet, 7sur7 a réussi à se frayer un chemin et trouver sa place parmi un paysage médiatique belge déjà bien encombré par les différents médias.

7sur7 délivre un flot d'informations en continu.

Son histoire

7sur7 est né il y a six ans. Le rédacteur en chef du site  HLN.be, soit le site internet du journal flamand Het Laatste Nieuws, le plus grand quotidien tant de Flandre que de Belgique, a eu l’idée de créer un pendant francophone: 7sur7.

HLN.be, le jumeau flamant de 7sur7.

Une équipe de trois journalistes francophones s’est donc formée dans le Brabant-Wallon, près de Bruxelles. Vincent Schmitz, chef d’édition de 7sur7, qui a accepté de répondre à nos questions, a eu la charge de mener et de faire connaître ce média. « Au début, c’était assez difficile. On est arrivé de nul part, mais à un moment où les sites des journaux n’étaient pas aussi développés. 7sur7 a pu finalement trouver sa place. Depuis deux ou trois ans, on est le troisième site d’informations derrière le Soir et la DH… On surpasse L’Avenir, La Libre Belgique ou encore Sudpresse« , explique le chef d’édition. L’atout de 7sur7 est d’être le premier média à offrir un fil d’informations continu: « Ça nous a différencié dès le début. Notre marque de fabrique est d’essayer de montrer qu’une même personne peut lire aussi bien des articles sur la musique que du people ou de l’information plus sérieuse. On ne se dit pas qu’il y a des sujets que l’on ne peut pas traiter. On est catégorisé comme populaire, on traite à la fois de sujets sérieux et de sujets plus légers. On touche à tout donc la plupart de nos lecteurs trouvent ce qu’ils recherchent… »

Bruxelles – Los Angeles – Sydney

Avec 142.000 visiteurs par jour au mois de février 2012 et  plus de 180 articles publiés quotidiennement, 7sur7 ne se met jamais en veille. « On publie des articles 24h sur 24 et sept jours sur sept… Le week-end on ne s’arrête pas, ni les jours fériés. La nuit, le bureau de Sydney prend la relève dans les publications », ajoute Vincent Schmitz. Un bureau à Sydney qui, grâce au décalage horaire, continue à alimenter le site: « Le bureau à Los Angeles, lui, s’occupe généralement de la partie cinéma, musique et séries télévisées. » 

Avec un total de 17 journalistes répartis dans trois bureaux à travers le monde, 7sur7 se voit plus réactif que ses concurrents en matière de délivrance de l’information. Une stratégie qui se veut payante. Rentable depuis deux ans, 7sur7 vit de la publicité. « 7sur7 ne deviendra pas payant. On est indépendant rédactionnellement mais on fait parti d’un grand groupe. L’équipe marketing peut faire des campagnes nationales, la publicité est suffisamment rentable pour nous. On laisse même nos archives, sur le site, accessibles gratuitement pendant six mois », nous confie Vincent Schmitz.

Un unique pure-player francophone et national

Pour le chef d’édition de 7sur7, le retard belge, sur les français,en matière de pure-player, peut-être en partie dû à un manque de moyens financiers: « Les belges qui ont crée Storify sont allés aux Etats-Unis pour trouver les fonds nécessaires pour lancer ce nouvel outil. Ce manque en matière de pure-player est avant-tout une question d’argent…mais ça peut aussi venir du fait que la Belgique est un petit pays et qu’il y a déjà beaucoup de concurrences entre les médias donc il n’y a plus de place pour les pure-players… La population n’est pas la même aussi: il n’y a pas encore le réflexe internet chez nous même si les jeunes s’y mettent désormais. » 

Le côté flamand de la Belgique semble quand même plus adepte de l’information en ligne. HLN.be comptabilise, en effet, en mars, plus de 690.000 visites par jour contre 185.000 pour Le Soir.be (chiffres du Centre d’Information sur les Médias), le deuxième quotidien belge francophone le plus lu.